Des élus québécois dénoncent une montée des propos et gestes homophobes

Amélie Mouton sur Radio-Canada Info en date du 11 août 2026 à 06h01

Ces dernières semaines, la municipalité de Val-David, dans les Laurentides, est devenue le théâtre, malgré elle, d’actes homophobes inquiétants. Brûlé, coupé, déchiré : le drapeau arc-en-ciel hissé devant la petite gare pour souligner la semaine de la Fierté a été vandalisé à cinq reprises. 

Un matin, c’est le mât qui était carrément arraché. Le drapeau, en lambeaux, se trouvait par terre. Je trouve ça triste, se désole le maire, Jean-Claude Rocheleau, qui n’aurait jamais pensé voir de tels actes commis dans sa municipalité.

On a quand même une importante communauté de personnes LGBTQ+, ici. On n'a jamais eu de problèmes. Je pense que ce sont quelques individus qui font ça. Ce n’est pas le reflet du tout de mes citoyens de Val-David, poursuit-il.

Cette violence, l’équipe municipale a aussi pu la constater sur ses réseaux sociaux, où elle avait présenté l’installation du drapeau. On a eu des commentaires haineux, déplacés, vraiment inappropriés. Notre service de communication a dû faire le ménage sur la page Facebook de la municipalité, déplore Jean-Claude Rocheleau.

En tant qu’allié de la communauté LGBTQ+, le maire a lui-même été victime de propos haineux en ligne. Malgré cette vague de gestes homophobes, la municipalité a choisi de réinstaller le drapeau.

Un conseiller municipal ciblé

Cette montée de la violence homophobe se fait sentir jusque dans les conseils municipaux. À Mont-Saint-Hilaire, en Montérégie, un conseiller municipal raconte avoir été la cible de propos homophobes dans le cadre de ses fonctions.

(...) Il salue la réaction de la municipalité, qui a pris l’incident au sérieux. Je pense que c'est important de le dénoncer, puis je vais continuer à le faire aussi, promet-il.

Vague de haine en ligne

Ces actes hostiles sont loin d’être des cas isolés. À quelques semaines des élections provinciales, des candidats de plusieurs partis issus de la diversité sexuelle et de genre tirent la sonnette d'alarme face à une avalanche de messages haineux.

La présidente de Québec solidaire (QS) et candidate dans la circonscription de Sainte-Marie-Saint-Jacques, Roxane Milot, qui s’identifie comme bisexuelle, observe une vague de haine en ligne d'une ampleur exceptionnelle et inquiétante ciblant les candidats 2ELGBTQI+.

Elle raconte avoir été elle-même la cible, encore une semaine auparavant, de messages haineux et de trolls sur les réseaux sociaux.

(...) Le péquiste Philippe Schnobb, candidat dans la circonscription de Sainte-Marie–Saint-Jacques et issu de la diversité sexuelle et de genre, se dit aussi exposé à des messages haineux à caractère homophobe, dont certains ont pris récemment la forme de menaces plus inquiétantes.

Sur une de ses publications en ligne, on peut lire ce genre de commentaires : Les tapettes, on n’en veut pas sur cette planète, si tu viens chez nous, un 2x4 t’attend que je vais te mettre dans ton trou de cul.

(...) C'est un problème auquel font face tous les principaux partis au Québec, confirme Philip Laflamme, conseiller principal, contenu et communications au Parti libéral du Québec (PLQ). Même des candidats qui ne sont pas nécessairement issus de la diversité sexuelle et de genre peuvent recevoir des insultes à caractère homophobe et transphobe, des fois juste parce qu'on est membre du parti et que le chef est gai.

Le chef du Parti libéral, Charles Milliard, ouvertement gai, est fréquemment la cible de propos haineux en ligne.

L'équipe du chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, lui aussi ouvertement gai, dit être confrontée au même phénomène, mais affirme ne pas vouloir lui donner de l’importance. (...) 

Un recul considérable

Pour Olivier Ferlatte, professeur à l'École de santé publique de l’Université de Montréal, la recrudescence de l’hostilité envers les élus et les membres de la communauté LGBTQ+ au Québec est un véritable recul social. Selon lui, elle s’explique par plusieurs facteurs.

Il pointe l’instrumentalisation des enjeux de diversité, utilisés comme symboles dans la guerre culturelle que mènent des partis de la droite populiste. Ils se servent des enjeux trans ou des enjeux LGBTQ+ pour dire que la gauche est allée un peu trop loin avec ses politiques d'équité ou ses politiques de droit, souligne-t-il.

Ensuite, il y a le rôle délétère des médias sociaux dans la propagation de la désinformation et la normalisation des discours haineux, qui peut nuire gravement à la santé mentale des personnes ciblées.

Lire l'article avec photos et vidéos sur Radio-Canada.

En complément, voir ce reportage vidéo.


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