Bisexualité : quand la plus grande communauté demeure la plus ignorée
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Par Steven Ross, Martin Blais, Gabryelle Laconetti sur Fugues reçu le 31 août 2026 à 20h22
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Malgré la croissance de la visibilité et des droits des personnes issues de la diversité sexuelle et de genre au cours des dernières décennies, les communautés bisexuelles continuent d’être le sujet de préjugés, d’invalidation et d’invisibilité tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des communautés LGBTQ+.
Ce constat est validé par une étude de 2023 de Current Opinion in Psychology qui résume que les personnes bisexuelles continuent de faire face à divers préjugés et que, du point de vue médical, leur réalité n’est pas adéquatement adressée puisqu’elle est constamment amalgamée avec celles d’autres populations LGBQ+.
Par ailleurs, alors que la bisexualité déclarée a triplé entre 1989 et 2021 selon le Journal of Sex Research, une nouvelle étude de 2025 du Journal of Bisexuality, intitulée Not queer enough confirme que, paradoxalement, les communautés bisexuelles sont les plus importantes en nombre, mais les plus invisibles au sein du parapluie LGBTQ+. Le terme « bi-erasure » est d’ailleurs adopté pour nommer ce paradoxe.
À l’occasion de la Journée de la visibilité bisexuelle, le 23 septembre prochain, Fugues propose un dossier sur la visibilité (ou l’invisibilité) bisexuelle afin de clarifier le portrait de ces communautés souvent mal comprises et de démystifier les préjugés, les stigmas et les enjeux propres à celles-ci.Lire la suite de l'article publié le 30 aout 2026 sur Fugues.
Entre incompréhension et invisibilité
Martin Blais est sexologue, sociologue et professeur titulaire de la Chaire de recherche sur la diversité sexuelle et la pluralité des genres (DSPG) de l’UQAM. À l’occasion de la Journée de la visibilité bisexuelle, le chercheur aborde le portrait des communautés bisexuelles ainsi que les enjeux et préjugés qui les caractérisent.
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Martin Blais : Nous avons tendance à vouloir faire entrer les gens dans des catégories binaires : hétérosexualité ou homosexualité. Ce présupposé s’appelle le monosexisme, soit l’idée selon laquelle une personne ne devrait être attirée que par un seul genre. Cette présomption très forte est remise en question par la bisexualité, ce qui contribue à l’invisibiliser et parfois à perpétuer des préjugés envers cette orientation. Par exemple, les personnes hétéros peuvent interpréter la bisexualité comme une indécision ou une phase vers l’homosexualité, alors que les communautés LGBTQ+ peuvent voir les personnes bisexuelles comme opportunistes ou pas suffisamment queers. (...)
Lire la suite de l'entrevue sur Fugues.
Mouvements bisexuels, le phénomène présent invisible
Gabryelle Laconetti est candidate au doctorat en histoire à l’Université Concordia. Historienne spécialisée dans l’histoire des mouvements bisexuels, elle a dédié sa maîtrise aux groupes de soutien bisexuels de Toronto, alors que son doctorat se concentre aujourd’hui sur l’évolution du mouvement à Montréal. Dans le cadre de ce dossier sur la visibilité bisexuelle, la chercheuse aborde l’évolution des mouvements bisexuels à Montréal ainsi que le paradoxe qui entoure encore ces communautés aujourd’hui.
L’expertise de Gabryelle Laconetti touche à l’histoire qui n’est pas racontée dans les livres d’histoire. La chercheuse se spécialise dans les aspects sociaux et le développement des mouvements et groupes communautaires, reliés plus spécifiquement aux communautés bisexuelles : « J’aime comprendre comment les personnes bisexuelles se sont organisées socialement afin d’acquérir de la visibilité, de contrer les stigmates et d’affirmer leur identité d’un point de vue social, explique-t-elle. Je m’intéresse aussi à la façon dont le personnel devient social, notamment, une fois que les personnes prennent conscience de leur bisexualité, à la manière dont elles l’articulent dans un contexte social. » (...)
Forte de cette expertise, la chercheuse est aujourd’hui tournée vers Montréal pour le développement de sa thèse de doctorat. Ses travaux confirment la perspective selon laquelle les communautés bisexuelles sont aujourd’hui peu représentées dans la métropole : « Il n’y a pas vraiment de mouvement bisexuel visible et organisé en ce moment à Montréal, et il n’y en a pas eu depuis très longtemps. »
Gabryelle Laconetti explique toutefois que la situation était différente il y a quelques décennies : « À la fin des années 1990 et au début des années 2000, il y avait une communauté plus organisée qui a marché à quelques reprises dans le défilé de la Fierté. » Parmi les regroupements communautaires que l’historienne a retracés, on compte les associations Bi-Unité Montréal (francophone) et Bi-Montreal (anglophone), qui ont cessé leurs activités dans les années 2000 et dont la mission était de rassembler les personnes bisexuelles et de faire connaître la bisexualité comme une orientation sexuelle à part entière. Les raisons qui ont mené à la fin des activités de ces groupes et à la dissolution des mouvements bisexuels sont toutefois difficiles à cerner clairement : « Ils étaient parmi les premiers regroupements bisexuels organisés à Montréal et n’existent plus aujourd’hui, explique Gabryelle Laconetti. C’est notamment ce à quoi je m’intéresse aujourd’hui : quelles sont les raisons qui ont mené à la disparition du mouvement bisexuel local et pourquoi n’y a-t-il presque rien qui se passe aujourd’hui? »
Gabryelle Laconetti invite d’ailleurs les personnes qui auraient fait partie de Bi-Unité Montréal ou de Bi-Montreal, ou qui auraient été impliquées dans le mouvement au début des années 2000, à la contacter sur LinkedIn afin de discuter de l’histoire de ce mouvement : « S’il y a des gens parmi les lecteurs de ce magazine qui ont été impliqués dans des groupes communautaires bisexuels, j’adorerais les interviewer! »
[Note. L'ancien site de Bi-Unité Montréal (BUM) sur l'ALGI a été conservé parce qu'il contient des informations encore pertinentes. Pour le visiter : https://algi.qc.ca/asso/bum/ ]
Lire l'entrevue avec Gabryelle Laconetti sur Fugues.
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