
Photo MARTIN CHAMBERLAND, La Presse
En attendant son examen des risques avant renvoi, Fatou s’inquiète de la récente loi anti-LGBTQ+ qu’a récemment adoptée le Sénégal, son pays d’origine, en mars dernier.
Dans un coin de la pièce est posé un simple écriteau de quatre lettres, « Home ». C’est ce que Fatou espère trouver au Canada, afin de fuir la persécution qu’elle subirait en tant que lesbienne au Sénégal. Ce pays – à l’image d’autres États de l’Afrique de l’Ouest au cours derniers mois – a promulgué une loi qui double les peines associées à l’homosexualité, qui vont maintenant de cinq à dix ans de prison.
« Si par malheur je dois retourner au Sénégal, je sais que ça va mal finir pour moi, voire par la mort. Je serai laissée à moi-même », se désole Fatou. La Presse omet son nom de famille afin de ne pas compromettre sa sécurité.
Androgyne, sa façon de s’habiller et de parler a toujours créé de l’émoi dans sa famille. « Un de mes oncles me disait souvent : “Si ce qu’on soupçonne est vrai, on va te brûler vive ou t’enterrer vivante” », confie la jeune femme de 26 ans.
Fatou est arrivée au Canada avec un visa d’études, en novembre 2023. Elle n’a toutefois jamais suivi les cours auxquels elle était inscrite et s’est rapidement mise à travailler comme femme de ménage à Longueuil. Son objectif réel était d’immigrer pour pouvoir vivre sa sexualité « librement ».
« Je veux juste vivre ma vie comme je la sens, sans avoir de problèmes, ni avec ma famille ni avec la société », plaide-t-elle.
Une fois installée au Canada, elle a trouvé le courage de déclarer son homosexualité à sa famille. Depuis, elle est la proie de menaces de violence physique de la part d’anciens proches. « Prie pour que tu puisses rester là-bas », lui disent-ils.
« Il y en a même qui me menacent de maraboutage », lance-t-elle, visiblement apeurée. Il s’agit d’une pratique magico-religieuse d’Afrique de l’Ouest consistant à jeter un sort.
Au Canada, Fatou est touchée par le resserrement de la loi C-12. En vertu de ce texte adopté aux Communes en mars 2026, une demande d’asile est jugée irrecevable si elle est présentée plus d’un an après la première entrée de la personne au Canada. Cette disposition est rétroactive pour tous les demandeurs d’asile établis ici depuis 2020.
Puisque Fatou a envoyé sa demande deux ans après son arrivée, celle-ci a été déclarée irrecevable en juillet dernier. Fatou se prépare à une demande d’examen des risques avant renvoi, son dernier recours pour éviter d’être expulsée vers le Sénégal.
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Pourquoi cette répression en Afrique ?
Le « conservatisme religieux » est notamment en cause dans plusieurs pays, selon la directrice générale d’Avocats sans frontières, Karine Ruel : « Au Ghana, quand la nouvelle loi a été proposée, ce sont essentiellement des coalitions chrétiennes et musulmanes qui ont soutenu la législation la plus répressive. » À cela s’ajoute le discours des élites politiques qui soutiennent souvent la thèse selon laquelle l’homosexualité serait une valeur occidentale. « Ce qui est paradoxal, c’est que la plupart des lois qui pénalisent l’homosexualité en Afrique viennent de l’héritage colonial, notamment britannique », soulève la juriste. La loi ougandaise a même été « fortement influencée par des groupes évangéliques américains » ayant fait campagne pour son adoption, ajoute le juriste béninois spécialisé en droit international et droits de la personne Roland Adjovi.
Un manque de pays refuges
Rainbow Railroad a reçu plus de 20 000 demandes d’aide à l’échelle mondiale en 2025, un nombre record en 20 ans d’existence. Cela représente une augmentation de 51 % par rapport à l’année précédente. Selon les plus récentes données d’ILGA World (mai 2025), 64 des 193 États membres de l’ONU criminalisent encore les relations sexuelles consensuelles entre personnes de même sexe. Or, seulement 34 pays incluent l’orientation sexuelle dans leurs lois sur l’asile, indique l’Association internationale des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles, trans et intersexes. Dennis Wamala déplore ce ratio : « Nous avons énormément de difficultés à trouver des endroits sûrs où orienter les gens. »
Lire le texte intégral de cet article publié le 13 aout 2026 sur
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